Euthanasie des animaux de laboratoire
Ce document a été réalisé à partir du rapport effectué pour la Commission Européenne DG XI sous la responsabilité de Mr BRYONY et Dr BANISTER et al. et du manuel Canadien sur le soin et l'utilisation des animaux d'expérimentation vol 1 . ainsi que du cours de niveau I élaboré par le Dr DEGRYSE.
L'euthanasie des animaux d'expérimentation pose de nombreux problèmes aux chercheurs qui sont souvent confrontés au choix de la méthode éthiquement la plus correcte qui respecte les réglementations en vigueur.
Comme le signale le Dr A.D. DEGRYSE "l'euthanasie est une nécessité expérimentale ; le choix de la méthode la plus adaptée peut varier selon le but de l'essai effectué, l'espèce, les moyens de contention, l'habilité des personnes, le nombre d'animaux à euthanasier ".
L'euthanasie des animaux de laboratoire doit répondre à un certain nombre de règles aussi bien pour l'animal que pour l'expérimentateur.
-
- En ce qui concerne l'animal l'euthanasie ne doit pas
être
anxiogène, doit être indolore et conduire à
une mort
rapide. Il est impératif que le chercheur ou le technicien
reste
conscient qu'il manipule un être vivant doué de
sensibilité
d'une certaine intelligence et de beaucoup d'instinct. Tout sacrifice
d'animaux
doit se réaliser à l'écart des
congénéres
dans un local spécifiquement dédié à
cet
objectif.
- Côté expérimentateur la technique utilisée ne doit pas être dangereuse et comme le précise le Dr DEGRYSE éviter un choc émotionnel " la détresse et l'angoisse ressenties par des personnes témoins d'une euthanasie ou de la mort dans ses formes diverses sont des réponses émotionnelles "
- Pour l'expérience le moyen choisi ne doit " pas avoir pour conséquence des modifications histologiques ou biologiques incompatibles avec les données attendues de l'essai.
La convention Européenne nous précise seulement
que "les
animaux doivent être sacrifiés selon une
méthode
humanitaire".
Critères d'une mort humanitaire
Le Conseil Canadien qui s'est penché sur ce problème détaille les 10 critères qui permettent de s'assurer que la mort d'un animal est humanitaire :
1- La mort doit survenir sans signe de panique, de douleur ou de détresse2- Il doit y avoir perte de connaissance dans les plus brefs délais
3- La méthode doit être sure et reproductible
4- La sécurité des personnels doit être assurée
5- Elle doit produire le minimum d'effets physiologiques et psychologiques sur l'animal
6- Elle doit être conforme aux exigences et aux buts de l'étude
7- Elle doit produire un minimum d'effets émotifs sur l'observateur et sur le personnel qui effectue l'euthanasie
8- Elle doit avoir un impact minimum sur le milieu ou sur l'écologie
9- L'équipent doit être simple, peu coûteux et requérir relativement peu d'entretien
10- Le lieu ou se pratique l'euthanasie doit être éloigné et séparé des locaux d'hébergement des animaux
Evaluation de la mort
Il est important de s'assurer que l'arrêt respiratoire est suivi d'un arrêt cardiaque qui induit l'arrêt de la circulation cérébrale. Afin d'éviter toute interprétation hasardeuse d'un arrêt cardiaque qui serait seulement la traduction d'une bradycardie importante il faut effectuer une observation ou une mesure du rythme cardiaque pendant au moins une minute.
Méthodes d'euthanasie
Le choix de la méthode d'euthanasie dépend de l'espèce à euthanasier et de l'expérimentation envisagée dans les cas ou l'euthanasie précéde l'expérimentation
A - Méthodes PhysiquesL'utilisation des méthodes physiques devrait être réservée aux gros animaux ou aux petits animaux de laboratoire
* Choc cranial : peu esthétique mais efficace avec perte immédiate de conscience- Technique à mettre en oeuvre par des personnes expérimentées.
* Dislocation cervicale : séparation de la moelle du cerveau - Ne doit être pratiquée que sur des animaux dont la masse musculaire est faible : Souris, Rats de moins de 200g et éventuellement oiseaux
* Décapitation : sauf contre indication expérimentale motivée les animaux doivent subir une sédation préalable
* Décérébration : technique essentiellement utilisée chez les amphibiens après anesthésie. Nécessité absolue d'atteindre les bonnes régions cérébrales
* L'abattage par percussion ou à l'arme à feu est surtout utilisé sur les grosses espèces
* L'électrocution : méthode peu utilisée en laboratoire qui doit être exécuté en deux temps :
- Un premier choc passant par le cerveau rendant l'animal inconscient
- Un deuxième choc produisant une fibrillation cardiaque
* L'irradiation par micro-ondes : Il ne faut pas utiliser un micro-onde classique mais un appareil conçu spécialement qui possède la puissance requise* L'exsanguination : peut être acceptée après que l'animal ait été rendu inconscient par l'injection d'un anesthésique ou d'un moyen physique
B - Méthdes chimiques
Agents gazeux anesthésiques :
- L'isoflurane en surdose permet une euthanasie correcte - Attention au risque encouru par l'expérimentateur - Piéger les gaz à la sortie des bacs.
- Le Chloroforme et l'éther qui étaient couramment utilisés sont à proscrire compte tenu des risques qu'ils font courir à l'expérimentateur - Le Chloroforme est hépatotoxique, carcinogène et néphrotoxique et l'éther inflammable et explosif.
- Protoxyde d'azote : efficace
Agents gazeux non anesthésiques :
- Le monoxyde de carbone : à rejeter car présentant des problèmes de sécurité pour l'utilisateur
- L'Azote et l'Argon ne produisent pas de narcose avant l'asphyxie . Il n'y a pas de justification à les préférer au CO2
- Le gaz Carbonique : à basse concentration (jusqu'à 10%) est un stimulateur des centres respiratoires et de ce fait augmente le taux de ventilation et provoque une détresse respiratoire. A la concentration de 40% il produit une anesthésie qui se manifeste lentement et qui est accompagnée d'excitation. Le CO2 est peu efficace sur les nouveaux nés ou les animaux plongeurs
Agents pharmacologiques injectables :
La majorité des drogues couramment utilisées pour les anesthésies sont acceptables à condition que la surdose soit bien ajustée. La voie intraveineuse est préférable. Si le produit n'est pas irritant la voie intra-péritonéale est efficace. Il faut mentionner que les autres voies (IM ,SC...) sont difficiles à utiliser compte tenu du volume trop grand à injecter.
- Le T-61 produit par les laboratoires Hoechst-Roussel contient un anesthésique, un hypnotique et un drogue curariforme. Cependant l'efficacité du T61 est liée au mode d'injection. L'injection veineuse doit être lente pendant les deux premiers tiers de la dose.
- L'hydrate de chloral produit une dépression progressive du centre respiratoire. Il ne doit pas être utilisé chez le chien et le chat mais il est très efficace chez les oiseaux. Pour les gros animaux la combinaison d'hydrate de chloral, de sulfate de magnésium et de pentobarbital de sodium est acceptable.
- La kétamine est très difficile à utiliser à cause de son effet dissociant et les surdoses sont difficiles à évaluer
REMARQUE : Les informations complémentaires spécifiques à chaque espèce avec une étude critique concernant les différentes techniques peuvent être trouvées dans le " Manuel sur le soin et l'utilisation des animaux d'expérimentation " volume 1 du Conseil Canadien de protection des animaux. Un complément d'information peut également être trouvé dans le fascicule publié par l'INSERM intitulé : " Expérimentation Animale mode d'emploi " (pages 69-101)
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| MS - 222 | ++ | ++ | ++ | ++ | 5 | Appropriée |
| Benzocaine | ++ | ++ | ++ | ++ | 5 | Appropriée |
| Etomidate | ++ | ++ | ++ | ++ | 5 | Appropriée |
| Metomidate | ++ | ++ | ++ | ++ | 5 | Appropriée |
| Choc | ++ | + | + | ++ | 4 | Vérifier la mort |
| Pentobarbital | ++ | ++ | - | + | 3 | IP gros spécimens |
| Dislocation cervicale |
++ | ++ | + | ++ | 3 | destruction du cerveau |
| Halotane | + | + | ++ | ++ | 2 | Les autres
techniques préférables |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| MS - 222 | ++ | ++ | ++ | ++ | 5 | Appropriée |
| Benzocaine | ++ | ++ | ++ | ++ | 5 | Appropriée |
| Pentobarbital | + | ++ | - | + | 4 | IP ou IV |
| Micro-onde | ++ | ++ | - | + | 3 | Petits amphibiens |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| Pentobarbital | ++ | ++ | ++ | + | 5 | Appropriée |
| Percussion | ++ | ++ | ++ | + | 5 | Grands reptiles |
| Choc | + | + | + | ++ | 4 | Cerveau détruit |
| Tir à balle | ++ | ++ | ++ | - | 4 | Animaux sauvages |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| Pentobarbital | ++ | ++ | + | + | 5 | Appropriée |
| T - 61 | ++ | ++ | + | + | 4 | Appropriée petits oiseaux |
| CO2 | ++ | ++ | ++ | ++ | 4 | Appropriée |
| Halothane Isoflurane |
++ | ++ | ++ | + | 4 | Appropriée |
| Dislocation cervicale |
++ | ++ | - | ++ | 4 | Petits oiseaux et jeunes |
| Micro-Onde | ++ | ++ | - | ++ | 3 | Par agent expérimenté |
| Choc | ++ | ++ | - | ++ | 3 | Oiseaux de - 250 g |
| CO | + | + | ++ | - | 2 | Dangereux |
| Choc électrique |
+ | + | + | - | 1 | Dangereux |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| Halothane Isoflurane |
++ | ++ | ++ | + | 5 | Appropriée |
| Pentobarbital | ++ | ++ | + | + | 5 | Appropriée |
| Choc | ++ | ++ | + | ++ | 4 | Appropriée pour petits rongeurs |
| Dislocation cervicale |
++ | ++ | + | ++ | 4 | Appropriée pour petits rongeurs |
| T - 61 | ++ | ++ | - | + | 4 | IV uniquement |
| CO2 | + | ++ | ++ | ++ | 4 | Appropriée si concentration sup à 70% |
| Micro-Onde | ++ | ++ | - | ++ | 3 | Pas en routine par agent expérimenté |
| Décapitation | + | + | + | ++ | 2 | Autre méthode préférable | <
/tr>
| CO | + | + | + | ++ | 2 | Autre méthode préférable |
| Congélation rapide |
- | + | ++ | ++ | 1 | Seulement pour les petits rongeurs |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| Pentobarbital | ++ | ++ | + | + | 5 | Appropriée |
| T - 61 | ++ | ++ | - | + | 4 | IV seulement |
| Dislocation cervicale |
++ | ++ | - | ++ | 4 | Appropriée pour lap. inf. 1 kg-sédation préalable |
| Percussion | ++ | ++ | - | + | 4 | Vérifier la mort par une autre méthode |
| Choc | ++ | + | - | + | 3 | Idem expertise requise |
| Electrocution | ++ | + | ++ | - | 3 | Nécessité confirmer par autre méthode |
| Micro-Onde | ++ | ++ | - | ++ | 3 | Pas en routine par agent expérimenté |
| Décapitation | + | + | + | ++ | 2 | Animaux inf à 1kg |
| Halothane Isoflurane |
++ | ++ | ++ | + | 1 | Signe de stress |
| CO2 | + | + | ++ | ++ | 1 | Signe de stress sur grands lapins |
| CO | + | + | ++ | - | 1 | Dangereux pour l'agent |
| Congélation rapide | + | + | ++ | ++ | 1 | Préférer d'autres méthodes |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| Pentobarbital | ++ | ++ | - | + | 5 | Appropriée en IV |
| T - 61 | ++ | ++ | - | + | 4 | Appropriée
en injection lente |
| Secobarbital Dibucaine |
++ | ++ | - | + | 4 | Appropriée en IV |
| Halothane Isoflurane |
++ | ++ | + | + | 4 | Appropriée |
| Percussion | ++ | ++ | - | ++ | 3 | Pour exanguination |
| Electrocution | ++ | ++ | - | - | 3 | Equipement spécial nécessaire |
| Choc | ++ | ++ | + | ++ | 2 | Nouveaux nés |
| Tir à balle | ++ | ++ | - | - | 1 | Dans la nature par spécialiste |
| Agent | Rapidité | Efficacité | Facilité | Sécurité | Validité De 1 à 5 |
Remarques |
| Pentobarbital | ++ | ++ | - | + | 5 | Appropriée en IV |
| Nupercaine | ++ | ++ | - | + | 5 | IV chevaux |
| Percussion |
++ | ++ | + | + | 5 | Exanguination |
| T - 61 | ++ | ++ | - | + | 4 | IV injection |
| Electrocution | ++ | ++ | + | - | 4 | Equipement spécifique |
| Tir à balle | ++ | ++ | - | - | 2 | Dans la nature par spécialiste |
| CO2 | + | + | ++ | ++ | 1 | Seulement porcs concentration sup. à 70% |